bois brûlés

« Je ne suis pas dans l’écologie, c’est elle qui vient à moi naturellement. Nous échappons aujourd’hui à tout contact avec la nature, nous persistons dans nos erreurs, nos choix, pour aller vers notre fin proche. Le bois brûlé a quelque chose de glacial aussi dans le chaos ou nous vivons. Époque troublante pour tout le monde, nous avions déjà connu des horreurs. Le bois brûlé véhicule des choses violentes pour nous, le feu nous ramène au primitif que nous avons tous en nous.

 

Pourquoi travailler le bois brûlé ? Je me pose encore la question. C’est directement lié à mon histoire, et à une souffrance atroce. Le bois brûlé nous ramène à violence, le déchirement, la destruction. En découvrant Krajcberg, j’en ai eu la confirmation. On n’y peut rien, le feu reste un élément dévastateur, quelle que soit notre façon de le regarder. C’est comme si les mots n’existaient pas, il y a quelque chose d’effroyable dans le bois brûlé, de physique, car l’action

est accomplie. Il y a une idée de pouvoir et un côté invincible que l’on maîtrise difficilement.

 

Le bois brûlé nous ramène au bois vert, c’est un éternel recommencement, un cycle. Le feu nettoie tout sur son passage, ne laissant derrière lui que des carcasses, faisant place nette derrière lui. La vie reprend alors peu à peu, c’est le cycle normal des choses. Nous sommes de passage et le feu en est la preuve vivante. La nature revient.

 

Le bois brûlé est forcément militant, en tout cas, il ramène à la vie ! Il parle de l’arbre vivant, vert et en bonne santé. D’autres senteurs ! Cette matière brûlée raconte la fin des temps ou l’origine du monde. On est ballotté dans le temps, c’est intemporel ! Le feu nous ne le voyons pas, mais il transparaît dans la matière.

 

J’ai grandi dans les bois de Brocéliande et le feu a toujours été présent dans ma vie.

Il fait partie de moi et me constitue. Je suis un être pétrifié. »

Philip Peryn